PARIS, 5 juillet (Reuters) - Ni la crise bancaire de mars, ni les incertitudes géopolitiques et monétaires n'auront réussi à faire remonter la volatilité des marchés actions, une situation inhabituelle liée à des mécanismes spécifiques et qui pourrait s'inverser avec violence, avertissent plusieurs gérants.
L'indice Vix .VIX , surnommé la jauge de la peur, mesure la volatilité des marchés actions américains: un évènement imprévu ou un choc fait remonter l'indice, qui baisse lors de conditions de marché plus calmes.
Au plus fort de la crise du COVID 19, en mars 2020, le Vix avait atteint un record à presque 83 points, la moyenne sur 10 ans atteignant 19,54 points, selon des données Eikon compilées par Reuters.
Or, depuis fin 2022, les variations restent faibles sur le Vix: le point le plus haut atteint en 2023 l'a été début mars, à 26,18 points, alors que les marchés s'inquiétaient de la santé financière des banques régionales américaines, et l'indice a chuté depuis à 13,57 points, son niveau le plus bas depuis fin 2019, selon des données Eikon.
La situation est comparable sur l'équivalent européen du Vix, le V2TX .V2TX , qui a remonté modérément lors du rachat de Credit Suisse par UBS fin mars avant de chuter, demeurant insensible aux évolutions de la guerre en Ukraine.
L'origine de cette modération du Vix tient aux anticipations des marchés fin 2022, qui tablaient sur une récession profonde dans les pays développés début 2023 - une prévision qui ne s'est pas concrétisée et qui a contribué au rebond des actions en début d'année.
Ce rebond a incité les investisseurs ayant une gestion dite systématique à revenir sur les marchés, déclenchant un effet d'entraînement.
"La baisse de la volatilité actions doit beaucoup aux stratégies systématiques de type 'CTA', 'Vol Target' ou encore 'Risk Parity' qui ont auto-entretenu le phénomène car elles doivent remettre du risque lorsque le marché monte et que la volatilité baisse, dans un cercle vertueux parfait", explique Simon Aninat, gérant de portefeuille Volatilité et Stratégies Overlay chez Ostrum AM.
RETOURNEMENT SOUDAIN
A ces stratégies s'ajoutent aussi des acteurs de gestion dite "momentum", comme les fonds indiciels ou les ETF passifs qui alimentent la hausse des marchés d'actions et contribuent à limiter la volatilité.
"La faible volatilité des actions est en grande partie due à des craintes (sur la trajectoire des économies développées) qui ne se réalisent pas", observe Alain Bokobza, responsable de l’allocation d’actifs chez Société Générale CIB.
Pourtant, si les acteurs de gestion systématique contribuent à limiter la volatilité, ils posent aussi le risque de la faire s'envoler de nouveau en cas de retournement.
Une forte journée de baisse des actions forcerait ces stratégies à dé-risquer, et donc amplifier la baisse, ce qui forcerait les autres acteurs investis en actions à acheter de la protection, c’est-à-dire vendre de l’exposition actions et acheter de la volatilité.
Les conditions de marché ne sont toutefois pas comparables à celles ayant précédé le "Volmageddon" de 2018, durant lequel le Vix avait explosé alors que les investisseurs étaient positionnés à la vente sur l'indice.
"La courbe des futures de volatilité implicite aux Etats-Unis est certes très pentue, la partie longue (acheteuse, ndlr) étant plus chère que la partie courte (vendeuse, ndlr)", explique Alain Bokobza.
Mais l'arbitrage visant à vendre la partie courte pour acheter la partie longue "ne semble que commencer", ajoute-t-il.
"Nous n'observons pas à ce stade de positions à découvert importantes susceptibles de créer un choc de marché déclenché par la volatilité, même si elles se constituent".
(Reportage Corentin Chappron, édité par Blandine Hénault)

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